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13 janvier 2009 par Joyce
mobile, mon beau mobile, dis moi qui je suis !
  
l'essentiel du débat 
Marc Prensky, père du concept de « Digital natives », affirmait déjà en 2001, dans son essai « Digital Natives, Digital Immigrants », que les technologies contribuaient à changer l’éducation. Aujourd’hui, les discours caricaturaux s’estompent et laissent place à une réflexion plus profonde sur ces « natifs du numérique » qui ont leurs propres usages et pratiques des TIC.
d’abord quelques chiffres qui nous permettent de constater un suréquipement des jeunes par rapport au reste de la population : 62 % des 15-24 ans ont un ordinateur et un accès au web. Chez les 12-17 ans, on a 93 % d’internautes et 55 % qui vont tous les jours sur le web. Les 15-17 ans sont dotés à 94 % d’entre eux d’un mobile. Et les jeunes ont en plus des usages avancés par rapport au reste de la population : 31 % des 15-17 ans utilisent leur mobile pour aller sur des sites (contre 9 % pour le reste de la population).
“Si vous ne deviez ne plus disposer d’ordinateur, qu’est-ce qui vous manquerait le plus” demandait l’étude sur les usages des jeunes du ministère de la Culture (.pdf). Les réponses à cette question sont différentes selon l’âge et marquent des pratiques qui évoluent selon les générations. Chez les 15-24 ans, pour 38 %, c’est la communication qui manquerait le plus, alors qu’elle ne vient qu’après la recherche d’information chez les 25-34 ans.

Valérie Peugeot retient quatre axes de réflexion :

1- La représentation des adolescents : quelle représentation construisent-ils pour eux-mêmes et pour les autres ?
2- Relation avec les amis : Qu'est ce que ça change dans les relations aux amis ?
3- Relation avec la famille : Comment l’omniprésence des outils technologiques transforme-t-elle la relation avec les parents ?
4- Relation au savoir (hors école) : Quel est le rapport des adolescents à l’écrit ? Comment évaluent-ils la masse d’information fournie par le web ?
les effets de l’omniprésence des technologies dans les relations
La première intervenante, Dominique Pasquier, directrice de recherche CNRS, sociologie de la culture et des médias, auteur de plusieurs ouvrages dont, « Cultures lycéennes. La tyrannie de la majorité », a mené une enquête en milieu lycéen, dans 3 établissements en Ile de France, entre 2002 et 2005 pour réfléchir sur la relation a la famille, la transformation de la sociabilité intra générationnelle, la transformation de la relation aux objets culturels.

Les résultats de l’enquête soulèvent plusieurs phénomènes marquants :

-L’affaissement du modèle familial de transmission de la culture verticale (modèle de reproduction selon Bourdieu). Aujourd’hui l’enfant est encouragé à  développer sa créativité personnelle. La culture jeune est reconnue dans la sphère familiale et cohabite avec la culture des parents. Les pratiques de loisirs des adolescents se font à l’écart du regard des parents. 

- Les effets de la massification scolaire et la prolongation des études, c’est à dire renforcement mécanique de la sociabilité intra générationnelle. Un schéma d’autonomie culturelle à la maison renforce l’acceptation de l’autonomie relationnelle via le portable et internet.
Ce renforcement implique un besoin élevé de communiquer  avec ses pairs et maintenir ces relations. Il a aussi entraîné des effets de conformismes culturels marqués (choix musique etc.) : Il existe une tension autour du besoin de conformisme car « A cet âge pour être soi, il faut être comme les autres ».

- La possibilité à distance d'exprimer des choses qu'on n'exprime pas en face à face. Les technologies de communication à distance sont des soupapes pour dévoiler ses sentiments qui sont difficiles en face à face. La mixité a renforcé la nécessité de montrer son appartenance sexuelle, de marquer sa différence.
L’approche des nouvelles technologies par les filles et les garçons est différente: Les filles utilisent les nouvelles technologies pour prolonger leurs échanges en face à face alors que les garçons utilisent les outils de communication en rejetant l’émotion.

- La forte dépréciation sur le lieu scolaire de tout ce qui est associé à la culture scolaire y compris le livre, le symbole de la culture transmise. Les adolescents ne disent pas et ne montrent pas qu’ils aiment lire, ce qui crée une difficulté pour les enseignants, qui doivent transmettent le savoir académique par les livres et faire face à une transmission de la culture par les mass media et les outils de communication. Les hiérarchies sont renversées : les produits populaires sont en haut de la pyramide de transmission des savoirs et de la culture. Cette confrontation des outils entraînent une tension scolaire puisque les adultes poussent les adolescents à utiliser le livre pourtant tant rejeté.

- La possibilité de communiquer en permanence. Chez soi, les adolescents peuvent cohabiter avec leur famille mais aussi se socialiser. Cette connexion constante conduit à une dislocation de la différence entre le foyer et l’extérieur et apporte aussi une tension sociale permanente : Comment se construire son identité dans une société qui demande à la fois de se distinguer et d’être conforme aux groupes auxquels on veut appartenir ? Dans un environnement où les classements et la compétition sont présents, l’important d’avoir les mêmes connaissances que les autres mais de découvrir avant eux les nouveautés. L’accélération de la communication et la continuité du lien avec ses groupes obligent les individus à être sans arrêt à l’affut d’informations avancées comment savoir télécharger le dernier dossier en vogue…
construction et représentation de son identité dans les réseaux sociaux
Fanny Georges, Docteur en Etudes culturelles, "Sémiotique de la représentation de soi dans les dispositifs interactifs: l'hexis numérique", postdoctorante au CNRS (UMR5508), se concentre sur la représentation de soi chez les jeunes.

Une étude sur la gestion des données personnelles chez les adolescents a permis de mieux cerner les jeunes et leurs usages des nouvelles technologies. Elle montre que la manière de se représenter en ligne n'est pas seulement un loisir mais aussi un langage qui donne une autre vision de soi et des autres. L’identité se formalise au travers de symboles et de signes que l'utilisateur échange avec les autres. D’après les études de Pew internet project d’avril 2007 et décembre 2007 sur les pratiques des jeunes, en 2000 c’est la messagerie instantanée  qui est la plus pratiquée, en 2004, les blogs avec les échanges de photos et de vidéos deviennent l’outil privilégié et en 2007 les réseaux sociaux deviennent le mode de communication préféré des adolescents. 60% des jeunes qui pratiquent le fréquentent tous les jours.

les adolescents navigueraient sur les réseaux sociaux pour maintenir un lien avec leur entourage proche (91%), avec ceux qu’ils voient rarement à 82% et pour rencontrer de nouvelles personnes à 49%.

Cette enquête souligne l'ouverture à l'autre mais aussi la crainte de l'inconnu. Les résultats de l’étude montrent que 70% des personnes ignorent les demandes des inconnus. L’identité dévoilée sur les réseaux sociaux peut être fictive ou fragmentée. Parce qu’il y a méfiance face à l’inconnu,  on découvre que 50% des 12/15 ans donnent des fausses informations. 66% des jeunes gèrent leur profil pour que toutes les infos ne soient pas accessibles à tout le monde. En ligne l’identité dévoilée est maitrisée particulièrement chez les filles qui contrôlent les informations pour éviter d’être localiser mais aussi pour s’amuser.

Les identités virtuelles donnent trois niveaux d’information :
- les informations déclaratives
- Les informations agissantes (dialogues dans MSN…)
- les informations calculées (nombre d'amis, nombre de groupes...)

Les informations déclaratives qui sont paramétrées par les utilisateurs. 80%  des jeunes déclarent leur prénom, centre d'intérêt et école. Deux tiers donnent des infos sur leurs amis ou mentionnent le nom de leur ville et un tiers mentionnent un lien vers leur blog, leur nom, leur ville, téléphone ou leur mail.
Les filles gèrent très finement les informations privées et publiques : Elles sont plus nombreuses à poster des photos d'elles et de leurs amis mais elles ne donnent pas le nom de leur ville ou leur numéro de téléphone. Elles ne se dévoilent pas comme personnes physiques.

Les réseaux sociaux sont utilisés pour communiquer et dans les informations agissantes les plus utilisées on retrouve les messages publics et privés ainsi que les « pokes ».

Les informations calculées, spécifiques à Facebook, sont jugées stimulantes par les utilisateurs car elles :
-  favorisent une amitié quantitative,
- stimulent le sentiment d’appartenance à des communautés,
- accroissent l’appétence à consulter son profil régulièrement
- entraînent une massification des liens sociaux.

La particularité des jeunes dans les réseaux sociaux c’est la dimension moins réflexive, les adolescents vont davantage privilégier les communautés qu'ils connaissent. Il y a sentiment d'urgence forte et les personnes ont envie de consulter tout le temps leurs réseaux sociaux et veulent immédiatement  activer leurs profils pour consulter.

Lien
- Les composantes de l'identité dans le web 2.0, une étude sémiotique et statistique.
Congrès de l'ACFAS, 6-7 mai 2008, Québec.
- Sémiotique de la représentation de soi dans les dispositifs interactifs.
Thèse de doctorat. Université Paris I (14/12/2007)
La première étape de l'évolution
La dernière intervenante est Sylvie Denis, nouvelliste, auteur de nombreux romans dont « Haute Ecole » (2004) et de la « Saison des Singes » (2007), traductrice en français des textes de Greg Egan, fondatrice de la revue de Science Fiction Cyberdreams. elle décrit la science fiction comme une littérature à part entière qui met en forme des hypothèses  partant de lois physiques et techniques qui existent.  Ensuite la science fiction crée des  environnements et situations dans lesquelles les êtres humains pourraient vivre, puisqu’ils l’ont créé grâce aux technologies. Au cours des différentes époques, la science fiction a construit des scénarios où c’est l'ordinateur dirigeait le monde, mais le rôle du web, tel qu'on le connaît, n'a pas encore été traité. La science fiction aime les situations graves alors que les réseaux sociaux représentent la vie de tous les jours, le quotidien.

La romancière note que la migration de sites en sites, décrite par Fanny Georges, n’en est qu’à ses débuts. Les jeunes finiront sans doute par s’intéresser à d’autres sites, qui sont en train d’être créés. Ce n'est pas nécessaire de se fixer sur les évolutions car elles ne sont pas terminées, elles indiquent seulement les directions vers lesquelles on se dirige.

Le besoin d’urgence de maintenir du lien social favorise un positionnement par rapport aux autres et pas nécessairement une maturation, une conscience très fine de la représentation de soi. Internet est un accélérateur d’opinion des autres,  le miroir de ce que les autres pensent. Ce qui change dans les relations et les échanges c’est la traçabilité. Les outils de communication donnent un historique des relations. Comment ces données transforment les relations ?

Pour la romancière, les réseaux sociaux sont des machines à produire des relations ordinaires. Ce sont des manières d'être ensemble qui existaient avant. Peut- on dire que les réseaux sociaux transforment les relations ? Et vous, qu’en pensez vous ?
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