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24 juin 2009 par Pierrick_Thebault
Lift 09 : repenser l’internet des objets
  
S’il suffisait d’ajouter des chipsets, des antennes et d’injecter une nouvelle dose d’interactivité à nos objets pour qu’ils transforment l’industrie autant qu’internet a bouleversé le monde des médias, l’internet des objets ne passionnerait pas autant les futurologues ! C’est à la conférence internationale Lift, récemment organisée à Marseille avec la Fing, que les spécialistes de l’ « IOT » (internet of things) nous ont fait (re)découvrir le sujet sous une toute autre perspective. Retour sur une vision du futur où les produits du quotidien avalent, analysent, digèrent et publient des informations tout en étant conscients de leur histoire et de leur cycle de vie. Vous croyiez tout savoir sur les « objets bavards » ? Détrompez-vous.

Crédit photo: Jack Schulze
Théoriser les « spimes » de demain

Crédit: Ivo Näpflin



Crédit: Bruce Sterling (zoom)
En voulant écrire un roman de science fiction sur l’ « ubiquitous computing », l’auteur américain Bruce Sterling, souvent associé au courant « cyberpunk », écrira finalement une fantastique « non fiction » sur le futur du design industriel. Dans « Shaping Things » (2005), il analyse en effet la manière dont certains outils ont changé la face du monde, avant d’imaginer des objets entre le temps et l’espace : les « spimes ».  Conscients de leur position, de leur environnement, auto-connectés, auto-documentés et parfaitement identifiables, ces derniers s’échangent en grande quantité des données à propos d’eux et du monde qui les entoure. A l’heure où l’internet des objets est devenu une réalité et tend à ressembler de plus en plus à l’internet, Bruce Sterling est revenu à Marseille sur ce qu’il considère encore aujourd’hui comme une théorie. Photographié sur le parquet de son domicile, le schéma présenté lors de la « keynote » du Lift aura permis de mieux comprendre les différentes étapes du cycle de vie d’un spime tout en soulevant de nombreuses questions.


Crédit : Jack Schulze
Car s’ils traduisent l’invisible, ces objets n’ont pas toujours du sens pour les usagers. Faut-il alors donner des noms aux composants ou créer des produits qui s’assemblent, comme la radio BBC Onlinda de l’agence Schulze & Webb ? Véritable poste modulaire composé d’une « API hardware », cet incroyable prototype illustre à lui seul ce qui pourrait bien être un nouveau changement Negroponte. De plus en plus de produits tangibles sont en effet interfacés avec des services, et ces derniers pourraient bien à l’inverse devenir les produits de demain. Pour l’auteur, cette perspective est inquiétante dans la mesure où un internet devenu objet, concentrant des fonctions physiques et logicielles, semble particulièrement opaque et vide de sens.

D’autres zones d’ombres apparaissent également dans les technologies liées au « tracking » et à la recherche et menacent déstabiliser la société. « Pourra-t-on Googler nos sous-vêtements ? » ironise Sterling en évoquant l’inévitable question de la transparence et de la vie privée. En plein internet des écrans, ce n’est pas tant la multiplication des moteurs de recherche (shopping, crime, santé, universitaire, décisionnel) et leur interconnexion avec des objets géolocalisés qui constitue le cœur de la théorie des spimes, mais bien la question du recyclage, dont beaucoup d’entre nous n’ont pas encore saisi l’importance…
Créer un écosystème d’environnements

Crédit: Ivo Näpflin

Si Bruce Sterling se plait à croire que l’on construira peut être l’internet des objets sans le voir, l’architecte Usman Haque s’interroge quant à lui de manière plus pragmatique sur la manière d’y parvenir. Avant d’imaginer la première infrastructure favorisant la circulation des données de ces nouveaux objets intelligents, l’irlandais s’est arrêté sur les trois aspects essentiels de l’ « IOT » : les connections des usagers, leurs environnements, et leurs participations.

Grace aux réseaux sociaux actuels, nous avons tous des voisins. Certes, la topologie de notre voisinage a évolué, devenant asymétrique, non géographique, mais ne reste pas moins synonyme d’une certaine forme d’interdépendance (parfois même avec des gens que l’on n’a jamais rencontré). Dans cet univers complexe, l’interopérabilité apparaît donc comme un enjeu crucial pour trouver de nouveaux moyens de faire communiquer, à travers les objets, les gens. Si l’environnement joue un rôle important dans la manière dont nous tissons nos relations, ce n’est pas quelque chose qui nous entoure, mais bien que nous construisons. Le service « Pachube » imaginé par Husman Haque vise ainsi à favoriser l’interaction entre les environnements distants, qu’ils soient physiques ou virtuels.


Crédit : Pachube



Crédit: Pachube
Fonctionnant comme un « patchbay », la plateforme permet ainsi d’agréger très facilement les données de capteurs installés dans des objets, des dispositifs, des immeubles ou des lieux. Les informations peuvent alors être suivies en temps réel, archivées ou partagées grâce à une puissante API. Particulièrement adapté aux projets environnementaux (mesure de la pollution sonore ou de l’air), systèmes domotiques (au sein de l’habitat ou de plusieurs immeubles), objets communicants (produits, voitures, ordinateurs), le projet encourage le monitoring et l’analyse des données via plusieurs types de graphes.

S’il ne s’agit pas véritablement d’internet des objets, mais plutôt de partage de contexte d’un environnement à un autre, la plateforme de Haque propose aux usagers un service innovant pour écouter et connecter les premiers spimes. Il met d’ailleurs longuement l’accent dans sa présentation sur la granularité de la participation, et sur le fait qu’il faut parfois offrir un outil permettant de faire des choses idiotes pour voir émerger des projets pertinents. Voilà en tout cas une idée qui devrait permettre d’éviter les « querelles de spimes » !
Concevoir les objets bavards d’aujourd’hui

Crédit: Ivo Näpflin


Pour Timo Arnall, designer et responsable du projet « Touch » à l’école d’architecture et de design d’Oslo, l’ « IOT » est déjà là et il est urgent de trouver de nouveaux moyens d’interagir ou de participer avec des environnements, sans avoir à utiliser des écrans. Sur internet, les interactions sont en effet séparées de notre espace physique et manquent cruellement de tangibilité, c’est pourquoi il s’intéresse depuis plusieurs années avec ses élèves aux puces RFID, véritables « building blocks » de l’internet des objets. Déjà largement présents dans nos sociétés sous la forme de cartes, d’autocollants ou de portes clés, elles sont pourtant presque invisibles et pourraient impacter notre quotidien de bien des manières différentes.


Crédit : Thisplacement
Avec le projet « Bowl » (2007), il suffit par exemple de placer un jouet équipé d’une puce sur ce lecteur RFID en bois pour déclencher la lecture d’une séquence vidéo sur le téléviseur. Plus question ici de consommer de manière passive des médias, mais bien de jouer avec les objets tout en proposant des interactions tangibles ludiques et adaptées à un jeune public. 


Crédit : Sarades
« Sniff » (2008) offre quant à lui un retour haptique en vibrant à chaque fois que le museau de ce chien en peluche s’approche d’un objet « taggué ». Ce compagnon intelligent, réalisé en partenariat avec une association dédiée aux personnes malvoyantes, favorise la découverte du monde par les jeunes enfants, handicapés ou non.



Crédit : Diykyoto
De plus en plus d’objets mobiles sont d’ailleurs aujourd’hui en mesure de « sentir » l’environnement grâce aux accéléromètres, gyromètres, micros ou puces GPS et favorisent des modes d’interactions nécessitant une faible implication des usagers. Pour Timo Arnall, il s’agit donc de designer ces nouveaux dispositifs à porter ou transporter, tout en développant des interactions tangibles leur donnant du sens. La connectivité de ces produits et l’accessibilité ou le partage des données risquent également de poser quelques problèmes, en témoignent l’opacité de certaines cartes de transports RFID. Beaucoup d’entre eux deviennent également sans intérêt une fois leur accès à internet rompu, ou leur batterie épuisée. L’important est enfin de pouvoir visualiser de manière optimale le contenu généré par les capteurs, sans pour autant avoir à repasser devant un écran. Si les exemples de Nike Plus, de Nokia Sports Tracker ou Holmes témoignent d’une réflexion intéressante sur les modes de visualisation, il faudra finalement d’après Arnall penser des objets adaptés à chacune de ces trois boucles, aux temporalités différentes. Les designers ont décidément bien des réflexions à mener…


Retrouvez les vidéos des conférences du Lift France 2009 à cette adresse.
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2 commentaires
les animateurs
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diegopol, le 02.12.2009, 21:42
  
 question : Que vous inspire cette vision de l'internet des objets?
C'est top pour la télémédecine ou d'autres applications professionnelles au service des humains. Sinon l'homme de la rue déjà hyper connecté que je suis aspire à voir et entendre plus loin. Que l'on nous amène des services utiles, non-intrusifs, et commandables au toucher.
1259786556diegopol00
visualiser le profil
henry [Modérateur], le 20.07.2009, 15:53
  
Sur le sujet de la géolocalisation, je recomende l'écoute ou le podcast de "Place de la toile" sur France Culture, le 17 juillet.

http://sites.radiofrance.fr/chaines/france-culture2/emissions/place_toile/


La révolution géo localisation/ la carte nouvel écran

Invités

Maurice Benayoun.  Artiste, directeur artistique du CITU (Création Interactive Transdisciplinaire Universitaire) dont il est également le co-fondateur.

Boris Beaude.  Géographe. Chercheur au sein du laboratoire Chôros de l'École Polytechnique Fédérale de Lausanne et Maître de conférences à l'Institut d'études politiques de Paris. Ses travaux portent sur la dimension spatiale de la télécommunication et plus généralement sur le contexte spatial de l'interaction sociale. Il s'intéresse aux moyens que les individus se donnent pour maîtriser l'espace et, en particulier, à Internet comme espace singulier de la coexistence.

Nicolas Nova.  Chercheur en interaction homme-machine (Liftlab)s'intéressant à l'appropriation des technologies telles que la géolocalisation ou les nouvelles interfaces. Auteur de Les médias géolocalisés : comprendre les nouveaux espaces numériques (Fyp éditions, juin 2009).

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